Entre avril 2015 et avril 2016, les apiculteurs américains ont perdu 44 % de toutes leurs colonies. Tels sont les résultats préliminaires d'une enquête nationale. Tant les pertes estivales que hivernales ont été supérieures à celles de la saison précédente. Et pour la seconde année consécutive, les pertes estivales s’approchent des pertes survenues pendant l’hivernage.
Entre avril 2015 et avril 2016, les apiculteurs américains ont perdu 44 % de toutes leurs colonies. Cela ressort des résultats préliminaires d'une enquête nationale. Les pertes ont augmenté aussi bien en été qu’en hiver par rapport à la saison précédente. Et pour la deuxième année consécutive, les pertes estivales aux États-Unis égalent presque celles de la période d’hivernage.
Un bilan peu réjouissant
Le consortium Bee Informed Partnership, réunissant les principaux instituts de recherche américains, mène chaque année, en collaboration avec l’organisation à but non lucratif Apiary Inspectors of America et avec le soutien du ministère américain de l’agriculture, une enquête auprès des exploitations apicoles, qu’elles soient professionnelles ou amateurs. Les surveillances ont débuté il y a dix ans, alors que les pertes élevées des colonies durant l’hiver, principalement liées au syndrome d’effondrement des colonies, sont devenues un enjeu majeur. Initialement, seuls les dépérissements hivernaux étaient suivis ; ensuite, le suivi a été étendu aux pertes survenant le reste de l’année.
Pour la saison 2015-2016, l’enquête a impliqué 5 756 apiculteurs, totalisant 389 083 colonies, soit environ 15 % des 2,66 millions de colonies recensées aux États-Unis. Pendant l’hiver 2015-2016, les répondants ont perdu 28,1 % de leurs colonies, soit une augmentation de 5,8 % par rapport à la période hivernale 2014-2015. Les pertes hivernales pour 2015-2016 se rapprochent donc de la moyenne décennale de 28,6 %. Les apiculteurs estiment qu’une perte hivernale acceptable se situe en moyenne autour de 16,9 %. Ce seuil de pertes a été dépassé par 59 % des apiculteurs. Les pertes estivales atteignaient également 28,1 %, égalant ainsi celles survenues lors de l’hivernage. Par rapport à l’été précédent, cela représente une hausse de 2,8 %. Sur l’ensemble de la saison 2015-2016, les pertes se sont élevées à 44,1 %, soit le deuxième pire résultat en six ans d’enquête incluant les pertes estivales, un niveau dépassé seulement lors de la saison 2012-2013, où les pertes annuelles dépassaient 45 %. Pour 2014-2015, les pertes totales atteignaient 40,6 %, soit une hausse de 3,5 % d’une année sur l’autre.
« C’est la deuxième année consécutive que nous enregistrons de fortes pertes estivales, ce qui est très préoccupant. Certaines pertes hivernales sont habituelles et doivent être anticipées. Mais voir disparaître autant de colonies en été, alors que les abeilles devraient être en excellente santé, est réellement alarmant », commente l’entomologiste Dennis van Engelsdorp de l’Université du Maryland, responsable de l’étude pour le Bee Informed Partnership.
L’étude identifie la varroatose comme principale cause des difficultés rencontrées par l’apiculture américaine. Sont également mis en avant les changements dans les pratiques agricoles, qui entraînent une sous-alimentation des abeilles et augmentent leur exposition aux pesticides. Ces facteurs impactent surtout les exploitations professionnelles.
Situation sanitaire alarmante
De nouveaux éclairages sur l’effondrement des colonies sont apportés par les résultats d’une première surveillance pluriannuelle des maladies affectant les abeilles aux États-Unis, publiés par des chercheurs de l’Université du Maryland dans la revue scientifique Apidologie. L’étude, portant sur la période 2009-2014, démontre que la varroatose est beaucoup plus répandue chez les abeilles américaines qu’on ne le pensait. Les colonies des petits apiculteurs sont les plus touchées. Dans cette étude, étaient considérés comme « petits apiculteurs » ceux possédant moins de 50 colonies. Les colonies transhumantes présentent un taux d’infestation par le varroa moins élevé. L’étude met aussi en avant un lien direct entre la varroatose et la prévalence de certaines infections virales chez les abeilles.
« De nombreux petits apiculteurs n’appliquent aucune mesure de lutte contre la varroatose. Selon nous, cela conduit à l’effondrement de leurs colonies et favorise la propagation des acariens vers les ruchers voisins, y compris chez les apiculteurs qui protègent activement leurs abeilles contre la varroatose. De plus en plus de preuves suggèrent que c’est ainsi que de bons apiculteurs perdent eux aussi leurs colonies, sans que cela soit de leur faute », explique Natalie Stein-hauer, membre de l’équipe de recherche de l’Université du Maryland.
La nosémose s’avère également très répandue dans les exploitations apicoles américaines, particulièrement dans les colonies transhumantes. Sa fréquence est également corrélée à la présence de certaines infections virales.
« Des pertes élevées de colonies tout au long de l’année obligent les apiculteurs à sans cesse renouveler les ruches perdues. Cela représente plus de travail, mais aussi des pertes financières. Plus grave encore, ces abeilles font défaut pour répondre à la demande croissante en pollinisation des cultures agricoles majeures. Il est urgent d’identifier des solutions permettant de réduire les pertes, tant en hiver qu’en été », conclut Jeffrey Pettis, du ministère américain de l’agriculture.
Issu de la revue Apiculture. Prof. Ing. Jaroslav Petr, Bee Informed Partnership/Université du Maryland
























































































































































